C’est cette obstination farouche à maintenir un système fou, nous menant droit au mur, qui nous empêche de rendre visible une alternative écologique, sociale, politique crédible, au moment-même où la situation inquiétante du vivant sur notre planète devrait nous pousser à nous reconnecter en profondeur à notre humanité. Nous ne sommes en fait que cohabitants de l’écosystème dont nous nous attribuons de façon univoque la conquête, légitimant la violence de celle-ci par l’idée que seule une création de richesse infinie peut garantir à tous les bénéfices du progrès, ceci étant censé nous éloigner chaque jour un peu plus de la barbarie originelle.

Aujourd’hui, en 2019, des enfants syriens tentent de se suicider dans des camps où on les tient parqués, avec leur famille, et nous ne pouvons qu’assister, impuissants, à ce que nous avons juste laissé faire.
Ces dernières années, j’ai rencontré de plus en plus de gens ayant décidé que, quel que soit le sujet, s’indigner ne suffit plus, et qui consacrent leur temps disponible à agir en phase avec ce qui leur semble juste, là où ils le peuvent, sans se préoccuper de savoir si une action de Colibri suffit réellement à changer le Monde. Une partie de ceux-là figurent sur les photos que je fais défiler ci-dessus, en témoignage de ces rencontres.
C’est comme une famille qui s’agrandit chaque jour; ni une secte, ni une bande, ni un parti ou une religion, il n’y a pas de drapeau, pas de logo, pas de contrat autre que celui, tacite, de rester aligné avec sa conception de ce qui est digne, sincère, en lien avec l’autre.

Denis Meadows est l’auteur du rapport Meadows (1972), sur les limites à la croissance.

” Il est trop tard pour espérer avoir créé un monde soutenable, et selon moi, un grand nombre d’organisations et d’individus tirent profit du système actuel. Ils en retirent énormément de pouvoir et d’argent, ils vont donc batailler fort contre tous les efforts déployés pour changer ce système, et ils parviendront à leurs fins parce qu’ils ont le pouvoir et l’argent.
Ce que les partisans du changement peuvent faire, c’est essayer de créer des îlots de développement alternatif, qui peuvent exister au milieu d’un océan de non- durabilité.
Prenons l’exemple de la monnaie. A l’origine, elle a été créée par les Phéniciens pour faciliter le commerce. Puis les mécanismes ont évolué pour faire des placements, de manière à pouvoir répondre à plus d’opportunités à l’avenir. Plus récemment, il s’agit d’engranger de la richesse pour créer de la richesse.
Aujourd’hui, l’argent est principalement utilisé à dès fins spéculatives. C’est un jeu de hasard, les gens l’utilisent pour augmenter leur revenus financiers à court terme.
Je ne pense pas qu’on puisse résoudre les problèmes globaux avec le système monétaire actuel. Mais si j’essayais de modifier ce système bancaire, les banques et une foule d’autres gens s’y opposeraient aussitôt, et ils obtiendraient gain de cause. En revanche, je peux créer au sein de ma communauté proche un système monétaire local, en parallèle, qui faciliterait le commerce, ramènerait des ressources sur le marché. Il ne remplacerait pas le système global, mais en serait complémentaire.
Si le système global devait s’effondrer, alors ce système alternatif prendrait le relai, on disposerait là d’une solution alternative concrète…
Et je crée des groupes sociaux qui assument des responsabilités les uns envers les autres, en marge du système gouvernemental existant.
Voilà des exemples d’actions concrètes.

Le texte ci-dessus est tiré d’un interview dont la vidéo complète est ici.

Jusqu’aux années 90, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de façon continue, et l’on a pu croire, à l’époque, que cette croissance était génératrice de bien-être, permettant ainsi de réduire l’écart entre riches et pauvres.
Aujourd’hui, du fait, d’une part de la financiarisation de l’économie, d’autre part de la dégradation des conditions sociales et climatiques, (dues en même temps à la raréfaction des ressources énergétiques et à la surconsommation de ces mêmes ressources), on assiste de plus en plus à la dégradation des conditions matérielles du progrès, produisant, pour rester simple, un recentrage territorial plus propice à la concurrence protectionniste qu’à la coopération sans frontière.
Les riches, ou plus largement ceux qui pensent l’être, ayant comme souci principal de le rester, il serait naïf d’attendre de leur part une considération pour les inévitables externalités qu’un impératif productiviste soutenu provoquerait pour les autres habitants de la planète, et pour l’environnement que pourtant ils exploitent à l’envi.

Soutenir localement un train de vie exubérant en période annoncée de disette n’a définitivement rien de soutenable à l’échelle globale.

Il semble, pourtant, que nous ayons atteint un âge d’or de l’idiot utile « C’est-à-dire de ces gens qui, pensant servir une cause juste, par manque de jugement ou d’information, servent en fait, involontairement, une cause qu’ils ignorent, et qui peut contredire leurs convictions profondes. Leur naïveté est de n’avoir pas su percevoir la réalité de cette cause, ou, trop pressés, ils foncent tête baissée en n’ayant pas encore les éléments qui leur permettraient de bien analyser les conséquences de la voie qu’ils soutiennent.
( Ariane Bonzon — 10 février 2014 – Slate – “Qu’est-ce qu’un idiot utile?”)

On voir, en effet, à l’approche de chaque campagne électorale, l’opinion se chercher des leaders charismatiques, ayant déjà, pour beaucoup, fait la preuve de leur appartenance à un système qui ne souhaite pas se remettre en cause, rassurants sans doute par les promesses qu’ils seront de toute façon bien incapables de tenir, ayant des comptes à rendre en haut lieu.

On prétend d’ailleurs que Lénine aurait utilisé cette expression “d’idiots utiles” à propos des intellectuels occidentaux qui s’efforçaient de légitimer leur utilité dans leur soutien au communisme soviétique, sans en connaître la réalité sur le terrain.

L’histoire s’est construite sur ces stratégies politiques où fleurissent trahisons et mensonges, assassinats et intrigues de couloir.

Nous voyons bien, aujourd’hui, dans les médias mainstream, à l’heure où l’on attendrait des décisions primordiales concernant la survie sur la planète, de plus en plus de scandales et de menaces au “pouvoir d’achat” jaillissent de toutes parts, et nous nous engouffrons avec délice dans ces brèches ouvertes spécialement pour nous divertir.

Dans le Livre 8 de sa République, Platon a classé les régimes politiques dans un cycle qui se reproduit à l’infini :

  • le premier, l’aristocratie, qui est celui où les personnes les plus recommandables sous les rapports moraux commandent :
    le gouvernement des meilleurs, est le seul régime parfait selon lui. Il correspond à l’idéal du « philosophe-roi », qui réunit pouvoir et sagesse entre ses mains.
  • le second, la timocratie, qui est celui où le pouvoir est entre les mains des ambitieux : régime fondé sur l’honneur
  • le troisième, l’oligarchie, qui est celui où l’état n’a qu’un petit nombre de chefs : régime fondé sur les richesses
  • le quatrième, la démocratie, qui est celui où le peuple a toute autorité : régime fondé sur l’égalité
  • le cinquième, la tyrannie, qui est le dernier et le pire, un seul souverain décide : régime fondé sur le désir ; ce dernier régime marque la fin de la politique, puisqu’il abolit les lois
    La vraie question aujourd’hui, quelque soit l’endroit de ce cycle où nous pensons être arrivés, c’est assurément comment en sortir, et non choisir lequel de ces régimes serait le meilleur…

Ce ne sont pas les politiques qui mettront fin à l'oppression. Ce sont les radicaux , aux fringues puantes, la désobéissance dans l'âme, l'espoir au cœur, l'action directe au poing". David Bowie.

Nous, humains, avons cette drôle d’habitude de nous féliciter du degré de sophistication de notre intellect et de notre technologie, alors que, comme l’écrit John Lennon dans “a working class heroe“, (ici chanté par D.Bowie, ça fait du bien aussi !) :
We’re still fucking peasants as far as I can see
(nous ne sommes encore que des putains de paysans, à ce que je vois)”.
Je dirais, en fait, que, malheureusement, nous avons oublié ce lien avec notre passé qui semble tellement nous embarrasser, et qui avait pourtant ses utilités…
Et pour aller où ?
S’empiler à la périphérie des villes, captifs de la case étroite qui nous est accordée dans un système bien huilé mais pathogène, mortifère ?..
Fascinés par la toute-puissance de notre technologie, nous en venons à abandonner notre dignité, notre auto-détermination, à une machine de plus en plus froide et autoritaire qui, en plus de nous convaincre de la légitimité de notre propre malheur , détruit ce que nous avons de plus précieux, le lien entre humains, celui avec l’écosystème qui nous nourrit, avec l’ensemble du vivant qui partage la même planète, la nature même de notre existence sur Terre, et jusqu’au droit à une certaine sérénité.

Si de plus en plus, la nécessité d’une alternative systémique, concrète et cohérente, semble l’évidence pour une grande majorité de nos contemporains, avant même que s’en dégage une vision commune du Monde de demain, c’est la façon dont doit s’opérer la transition qui pose encore question.
Et pendant cette transition, nous nous retrouvons suspendus entre le monde d’hier et celui de demain, et les traces du passé empèsent la construction d’un futur soutenable.

Le philosophe Edgar Morin, qui, mûr de son presque siècle d’existence, nous invite à aborder la complexité du monde, nous met en garde contre la tendance à la simplification dans laquelle les organisations politiques, et même de nombreux intellectuels tendent à nous entraîner, sans doute par grandeur d’âme, afin de mettre à notre portée le mystère de l’Univers.
Il montre qu’une société sensée ne peut s’abstraire de son ignorance, et donc que toute organisation de pensée, toute entreprise politique se doit d’être “apprenante”, ouverte à l’émergence de l’inattendu.

Pour lui, la Transition serait la métamorphose complexe d’un type de société à une autre, au lieu d’une réforme “plus écologique” de l’actuelle :

“Et surtout ce qui fait besoin est la conception d’un “new deal où s’intégreraient mutuellement l’une en l’autre une écopolitique et une politique où les problèmes de démocratie, d’égalité, de justice, de liberté, de solidarité sont non écologiques, tandis que les problèmes clés de la qualité de la vie nécessitent l’intégration profonde de l’écologique dans le social et le politique. C’est bien cette pensée que j’ai tenté de développer dans mon livre la Voie ; c’est bien cette politique qu’a esquissée le rapport Hulot-Berger. On ne peut être seulement écolo.
Il nous faut une pensée politique intégrative, laquelle a besoin du fondement où l’humain et le naturel ne sont pas seulement liés parce que se nourrissant l’un l’autre, mais où ils ont un tronc commun et sont présents l’un dans l’autre : l’humain n’est pas seulement dans la nature, la nature est à l’intérieur de l’humain, comme l’individu n’est pas seulement dans la société, mais la société est à l’intérieur de l’individu.

Un demi-siècle s’est écoulé depuis le rapport Meadows. Mais à part chez des géographes et des biologistes, la science écologique demeure inconnue y compris des écologistes. Un demi-siècle s’est écoulé depuis que la croissance a été mise en question. Elle continue, impavide, à se présenter comme solution pour l’élite politico-techno-économique, et les écolos n’ont pu formuler la nécessité de lier les termes antagonistes de croissance-décroissance.

Un demi-siècle s’est écoulé depuis que le tocsin a sonné. La pollution ravage les mégapoles, la stérilisation ravage les terres arables. La cupidité économique incendie les forêts d’Amazonie, tandis que celles d’Australie brûlent faute des précautions que connaît la culture millénaire des aborigènes.

Un demi-siècle s’est écoulé depuis une juste prédiction qui se vérifie quotidiennement. Les Etats commencent à peine à signer de timides accords de sauvegarde qui sont reniés par les plus puissants.

C’est alors qu’une jeune Scandinave de l’âge de Jeanne d’Arc brandit au monde un drapeau vert et commence à être suivie par des cohortes d’adolescents. Elle est moquée et discréditée par les Cauchon d’aujourd’hui, évêques de la sainte économie libérale.”

Edgar Morin "En finir avec les malheurs de l’écologie " Cliquez l'image pour aller à l'article

Volonté politique, donc, et des outils pour faire, organiser, partager, mais comment s’y prendre pour arriver à faire changer de voie notre humanité toute entière, dans un monde où compétition et concurrence font loi, et où la coopération est souvent prise comme une coutume “bisounourse” pas vraiment pragmatique.
Les outils existent, presque tous; reste à définir cette volonté politique commune; reste aussi à cartographier tous les outils à notre portée de manière sensible, c’est à dire de façon à ce que chacun puisse les voir et savoir ce qu’ils peuvent faire.
On peut voir dans cette appellation “outils”, tout ce qui peut nous permettre de fonctionner ensemble, organisations, pratiques, expériences, méthodes.
Et puis, au bout du compte, à “faire système”.

d'abord

Du contexte
édito, articles
Qui je suis, points de vue

alors...

L'archipel, en  simple
Une vision sociétale
une autre voie politique ?

ensuite

Et au-delà :
les communs, les luttes sociales
municipalisme, écoosystème,
objets divers

après

De l'imagination :
autres initiatives
faire système
rêver

Chaque individu parle d’un unique point de vue, qui lui suggère une vision particulière de l’Univers.
Cette vision s’est souvent forgée et renforcée au contact d’autres de ses semblables, avec lesquels il partage une activité, des convictions, une vision. C’est un peu le fondement de toute société humaine, on y recherche la légitimité de l’identité commune, son appartenance, la “raison d’être qui relie à “ceux qui pensent comme nous”.

Pourtant, chaque point de vue ne présente qu’un aspect de ce que l’on observe, la réalité du Monde s’inscrit, elle, dans la complexité.

perspective

Dans l’image si dessus, le point de vue des bleus sera sans conteste la contemplation d’un rectangle, alors que le camp des jaunes affirmera être en présence d’un cercle, et sans doute sont-ils déjà prêts à s’entretuer pour imposer ce qui, avec le recul nécessaire, s’avère du domaine de la croyance, légitimée par l’ignorance de ce qu’ils ne peuvent voir, et encore moins imaginer.

Ce n’est qu’en déplacant leur point de vue unique que chacun des deux camps pourra se faire une idée plus précise de la réalité, seule l’expérimentation peut mener sur le chemin de la connaissance, même si celle-ci rend plus complexe la notion de “réalité”, en alliant leurs forces, en confrontant leurs expériences, en “coopérant”, chaque individu, chaque collectif, gagne en humanité, voire en intelligence.
On peut, de là, facilement juger de l’intérêt d’élaborer un commun universel de la connaissance, changeant radicalement la forme du “commerce” entre les humains.

Cette vision ne peut exister sans que s’instaure une réelle confiance entre entités jusque là concurrentes, qui valorise ces différences comme richesses à cultiver. Cette confiance ne peut être aveugle, elle nécessite que chacun en prenne soin, participe à établir des règles élaborées en commun, acceptées de tous, à l’endroit où elles sont nécessaires.
Et, comme tout Commun, ce processus nécessite une gouvernance, sujet que nous aborderons plus tard.

Avant d’aborder tout ça, il faut bien que je me présente, tout est là ou presque.
Du coup ça sonne presque gênant, pourquoi moi et pas vous, ou elle ou lui, faudrait-il voter ? Après tout, c’est ça la Démocratie, non ? A ce sujet, j’ai fait un petit montage d’extraits de plein de films, qui remet la question sur le tapis. Certains de ces films vous sont surement connus, le résultat est, je l’espère, assez convainquant, et j’ai toutes les autorisations pour le partager et l’ouvrir à diffusion, je peux vous envoyer la version Haute Définition sur demande avec votre mail ici >

J’ai donc, moi aussi, une vision, des amis en bande, avec qui je partage (ou pas) point de vue et convictions, et, des humeurs provoquées, je vous partage la mienne ici, avant de considérer celles des autres.

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Quelques visions



Didier Fradin,

Né le 25 Mai 1955, j’habite à la Madeleine, près de Lille, dans le grand Nord. Trois filles, deux petites filles, aux trois coins de la France.

Marin à la voile jusqu’en 75, puis à pompon à Brest sur un dragueur de mine pendant un an, rangé finalement comme officier de Marine Marchande jusqu’en 1981.
18 années d’illustration publicitaire, puis divers jobs dans la com, un peu de webtv, retouche photo images 3D.
En 2015, je quitte définitivement la pub, et me rend, tardivement, oui, à l’évidence que ce monde ne tourne définitivement pas rond.

La politique, ça a été d’abord, grande première pour moi, un parti politique, Nouvelle Donne, mais ça c’était à l’époque où je pensais qu’on pouvait se fier aux pros de la politique, alors qu’on le sait bien, leurs promesses  n’engagent que ceux qui y croient…
Du coup je me suis dit que, tiens, peut-être les gens peuvent au moins faire aussi bien, voire même plutôt mieux, que ce que font leurs représentants, à tel point peut-être, que, pour un groupe de citoyens, tirés au sort, par exemple, et à qui l’on confierait certaines grandes décisions de l’état, s’envoyer soi-même ou envoyer ses enfants à la guerre ne constituerait pas une urgence absolue, ou des choses comme ça…

J’ai donc frappé à la porte d’un collectif qui se montait, #MAVOIX, dont le principe était de favoriser l’empowerment citoyen, faisant le projet de hacker l’Assemblée Nationale en y faisant élire des citoyens volontaires, formés et tirés au sort, qui auraient voté pendant 5 ans sur toutes les lois comme leurs électeurs l’aurait décidé.
Une expérience superbe, qui portait inscrite en elle sa propre fin, selon le principe de la “compostabilité des organisations“, après les élections législatives 2017.

Inspiré par le modèle de Saillans, je rentre dans le collectif La Belle Démocratie, assez proche dans l’esprit de #MAVOIX, mais cette fois au niveau local. Très local, même, le but étant de provoquer et d’accompagner l’émergence d’assemblées d’habitants, à l’échelle d’un bassin de vie. La particularité en sont les festivals “Curieuses Démocraties”, organisés par les assemblées elles_mêmes, dans leur commune, où elles recoivent leurs pairs d’autres coins de France, et s’acculturent entre elles, et certains outils que je décrirai à d’autres endroits de ce site.
Du coup, je me suis intéressé de près au municipalisme, aux Communs, et participe à l’Archipel Osons les Jours Heureux.
J’ai la certitude que tous ces projets sont liés, et ne font qu’un au final, vaste et complexe, qui s’articule autour de l’idée d’une transition vers un monde nouveau, une autre voie comme l’appelle Edgar Morin, la seule à mon sens permettant de faire face à l’effondrement déjà entamé.

C’est le projet auquel je me consacre pleinement désormais, et le sujet de ce site, pour lequel je vais aussi vous solliciter.
Merci d’avance pour votre intérêt.
Tout ça n’est pas si sérieux, mais j’aurais, au final, fait ce que mes fesses ont pu🙂
Mais c’est fondamental…

Humeur du moment :
C’est à un monde plus que jamais « hors sol » que nous participons.

En déloger les gestionnaires, simples fusibles de l’Histoire, n’en changera pas le cours : d’autres, sans doute pires, les remplaceraient aussitôt :  c’est toute l’organisation du monde, qui est hors sol, ses principes, fondements, ses règles de fonctionnement, les valeurs qu’il prétend porter, les excuses pour les guerres, la pauvreté, la course aux armements et aux énergies fossiles. Tout ça nous est vendu comme inévitable depuis Donald Reagan et Margaret Thatcher, « There is no alternative! », scandait-elle.

Yuri’s Night from Blueturn on Vimeo. Merci à Jean-Pierre Goux

Des astronautes qui, après avoir quitté la Terre, loin du bruit et de l’agitation du Monde, se sont retournés pour pour voir “d’en haut”  la planète d’où ils venaient, ont été gagnés par sa beauté et sa fragilité, au point que tous affirment qu’ils ne peuvent plus, depuis, voir ni penser comme avant. Ne serait-il pas temps, pour nous tous, peuples de la Terre, de mettre sur « pause » un instant notre course aveugle, de regarder derrière nous et tenter de retrouver certains regards d’enfants, là où nous voyions tant de promesses.

Suspendus entre deux mondes, l’un, qui ne veut pas mourir, l’autre, qui, vraiment, tarde à naître, (et c’est de ce clair-obscur que naissent les monstres, alerte Gramsci), il nous est difficile de choisir quel pied lever.
Certains reculent, l’effort est rude, l’horizon incertain. Mais, même dispersés, nous sommes de plus en plus nombreux à occuper des « ZAD » de tous genres, à imaginer d’autres fonctionnements, réparer l’irréparable, nous entraider, coopérer dans de nouvelles façons de vivre, de consommer, de se déplacer.
Des entreprises, des responsables de tous horizons, des habitants, des élus, changent les règles, innovent, mettent en question ce “toujours plus” qu’on nous vend encore comme seul remède aux dérèglements de notre système.

  • C’est d’autonomie dont nous manquons.
    Nous manquons, bien sûr, de lois permettant au collectif de s’organiser, les états ont failli, la logique de Marché, aujourd’hui, est le seul vrai tyran auquel nous sommes, la plupart du temps sans même en avoir conscience, soumis.
    Et c’est la Boétie, en 1574, à tout juste 16 ans, qui disait dans son ouvrage sur  la « servitude volontaire » :
    « Soyez donc résolus de ne plus servir et vous voilà libres ».
    Un tyran peut-il régner sur un peuple d’Hommes Libres ?

  • Fracture sociale, économique, écologique, oui.
    En nous retournant, mes camarades et moi, la vision « Blue Turn », celle de la vidéo plus haut,  nous a sauté aux yeux, un grand bleu, un Océan, vaste et majestueux, dans lequel baignent des terres, des îles, et c’est précisément comme ça que les Grecs anciens voyaient leur Monde, un Grand Archipel (Archi : principal ; Pelagos : Océan), un Océan et toutes ces îles dessus, si fragiles, submersibles.
    De là-haut, on perçoit mieux à quel point les distances sont relatives, combien nos destins sont liés, et notre vision réduite au ras du sol.

  • L’idée de penser le monde en « archipel » est apparue à l’inspiration de quelques poètes (en particulier l’antillais Edouard Glissant, philosophe de la complexité), et, contrairement à ce qu’on pourrait craindre, c’est beaucoup plus simple d’envisager la complexité du monde que d’essayer d’en imposer une vision unique.
    Une même planète, un destin commun, comment rester sur une vision en mode « continental »?
    Chaque île retournée sur elle-même, vision propriétaire et protectionniste ? Comment imaginer, vu de si loin, que sur ces bouts de Terre au milieu de l’Océan, des peuples vivent en perpétuelle concurrence, se massacrent, se pillent, se violent, et détruisent sciemment leur environnement commun, alors qu’ils semblent si proches, si interdépendants, vus d’en haut ?

  • Mais aussi, avant tout, fracture spirituelle.
    Corinne Morel Darleux, a eu ces mots qui vont droit au but :
    « Il va falloir apprendre à coupler révolte et stoïcisme, lucidité et utopie, politique et poésie. (Beaucoup de poésie.) »

    C’est à un monde comptable et gestionnaire que je veux échapper, c’est à un monde reconstruit sur le lien, le soin de l’autre, du vivant, et la poésie que je veux appartenir, et que je souhaite profondément pour mes filles…

Articles divers, subjectifs et parfois corrosifs...

Parce que, si l’on veut vraiment planter un paysage global, il est important d’en aborder tous les aspects. Mon choix est subjectif, pour l’instant, mais ça me démange déjà de publier ici des points de vues avec lesquels je ne suis pas d’accord, même s’il y aura toujours, heureusement, des limites à ne pas dépasser..

Adopter une vision alternative

Nos peurs : Lâcher la proie pour l'ombre :

“Abandonner quelque chose de palpable, de réel pour quelque chose d’hypothétique, une espérance vaine.”

C’est Ésope qui a formulé ce principe dans « le chien qui porte de la viande », idée reprise ensuite par Jean de la Fontaine dans la courte fable « le chien qui lâche sa proie pour l’ombre » dont la deuxième et dernière strophe est la suivante :
« Ce chien, voyant sa proie en l’eau représentée, la quitta pour l’image, et pensa se noyer. La rivière devint tout d’un coup agitée; à toute peine il regagna les bords, et n’eut ni l’ombre ni le corps. »

L’illustration ci-contre met en scène le Cobeau et le Renard, autre métaphore moraliste du même auteur, dont la commande était de sensibiliser le Dauphin, le fils de Louis XIV et de Marie-Thérèse, alors âgé de 6 ans et demi. La dédicace du recueil des “fables de La Fontaine” est en prose, suivie de la Préface au lecteur, de la traduction libre de la “Vie d’Esope”, et se termine par un compliment en vers reprenant et résumant l’essentiel de la dédicace en prose.
“Ainsi ces fables sont un tableau où chacun de nous se trouve dépeint”

C’est sans doute ce genre de pensée, tout ce qu’il y a de plus moraliste, qui nous fait paraître plus raisonnables de consacrer nos efforts à réformer ce monde, sous-entendant que nous n’aurions pas à le changer.
De la même manière que la fourmi montre à la cigale qu’il vaut mieux, dans un monde parfait, consacrer sa vie à accumuler des ressources plutôt que jouer de la musique et égayer ses semblables, tout semble, aux sources de notre éducation, prêcher pour l’individualisme et la compétition :
On n’est pas là pour rigoler, et encore moins pour se la couler douce!
Oui, mais c’est sans compter sur la finitude de notre monde : accumuler n’est pas possible à l’infini, et suppose donc que certains seront laissés sur le pavé, sans doute quelques-uns de ces “imbéciles” décrits dans ces fables, mais aussi ceux qui n’acceptent pas, comme moi, ce jeu absurde qui prête l’intelligence à ceux qui se servent en premier, avec ce petit sourire condescendant pour notre naïveté, quel que soit le prix à payer pour la communauté.

L’effondrement a commencé. Il est politique.”

C’est le titre d’un excellent article d’Alain Bertho sur terrestres.org, qui pointe une “course à l’abîme toute à la fois climatique, environnementale, économique, sociale et politique, parce qu’elle est le produit d’une immense machine algorithmique et financière” qui, quelque part, légitime “le soulèvement du vivant”.
C’est le signe, indirect, que c’est aux fondements même de notre culture, dont nous nous prévalons tant, que quelque chose doit changer.
Une vision?..

Il y a sûrement, en nous-mêmes, profondément, des restes du vieux monde qui ne veut pas mourir, et qui nous empêchent de percevoir les signes de ce qui cherche à naître ?
Notre plus grand défi, sans doute le plus passionnant, commence par là, ces anciens schémas que nous utilisons encore, ces vieilles postures, qu’au fond de nous nous savons “hors-sol” aujourd’hui. A quels moments, dans nos vies et dans nos activités, laissons-nous une chance aux sources du renouveau ? A l’inattendu ?

“Penser crée le monde”

Désespérément, alors que nous pensions aborder le 21è siècle forts d’une humanité “éclairée”, notre système butte sur un mur, parce que nous nous révélons incapables d’en gérer les externalités globales, comme le changement climatique, la destruction de la biodiversité, la surexploitation des ressources, la montée planétaire des inégalités…

La “Transition”, ne serait-ce pas cesser de se considérer perpétuellement “en lutte”, en compétition, mais plutôt se mettre dans une posture de coopération, plus propice à innover à l’échelle de l’ensemble du système, d’accepter les limites de notre monde, de ralentir, de saisir l’occasion de diriger ce changement, non sur le bien-être de quelques-uns, mais sur le bien-être de tous ?

Pourrait-on imaginer à l’agenda, aujourd’hui, la réunion de divers groupes d’acteurs, experts, bien sûr,  mais également de simples quidams, prenant conscience de leur besoin les uns des autres pour changer le fonctionnement du monde, chacun à son niveau, le faisant évoluer d’un mode en “silo” construit sur une conscience égotique du système, vers une vision plus holistique basée sur une conscience coopérative, contributive ?

 

La notion d’Archipel est dans l’humeur du temps.

C’est là que la notion d’Archipel aide au changement de vision. Un peu comme en méditation ou en lévitation, la Terre est vaste, elle est bleue, parce que l’Océan domine.
Par essence, la vision archipélique s’oppose à l’actuelle vision « continentale », retournée sur elle-même et concurrentielle.
Imaginons un Grand Archipel de la Transition, qu’il nous faudrait cartographier, comme ce qu’Edouard Glissant, poète antillais et penseur de la complexité, a nommé le « Tout-Monde », qui donne à voir l’état et la diversité du monde. 
Puis, dessus, dessinons nos archipels d’îles, chacune arborant son identité-racine, et la fragilité de l’ensemble nous fera réaliser à quel point développer des identités-relation pour mieux se connecter au monde, et mieux en apprécier les ressources, est primordial, crée des liaisons fortes qu’aucun traité de commerce n’égalera.

Introduction à une Poétique du Divers

Edouard Glissant nous dit :

“Quand j’ai abordé la question [de l’identité], je suis parti de la distinction opérée par Deleuze et Guattari, entre la notion de racine unique et la notion de rhizome (illustration ci-contre).
Deleuze et Guattari, dans un des chapitres de Mille Plateaux (qui a été publié d’abord en petit volume sous le titre Rhizomes), soulignent cette différence. Ils l’établissent du point de vue du fonctionnement de la pensée, la pensée de la racine et la pensée du rhizome.
La racine unique est celle qui tue autour d’elle alors que le rhizome est la racine qui s’étend à la rencontre d’autres racines.
J’ai appliqué cette image au principe d’identité. Et je l’ai fait aussi en fonction d’une “catégorisation des cultures” qui m’est propre, d’une division des cultures en cultures ataviques et cultures composites.”

Multiple, diffracté et imprévisible, le “Tout-monde” est un espace mouvant où les identités, les langues et les cultures se « créolisent », tendent à s’accorder (et non à s’uniformiser).
” Quand je dis que le monde se créolise, cela ne veut pas dire qu’il devient créole, cela veut dire qu’il entre dans une période de complexité et d’entrelacements tels qu’il nous est difficile de le prévoir”
” La créolisation est la mise en contact de plusieurs cultures ou au moins de plusieurs éléments de cultures distinctes, dans un endroit du monde, avec pour résultante une donnée nouvelle, totalement imprévisible par rapport à la somme ou à la simple synthèse de ces éléments. “

Et c’est dans un monde proche du chaos, que doit se former une nouvelle humanité apte à faire face à l’imprévu, s’ouvrant à l’inattendu
Edouard Glissant nous alerte en questionnant nos propres soumissions, la menace de mort universelle par uniformisation, et nous invite au pari archipélique, comme arithmétique de l’imprévisible :
“des humains, des groupes de femmes et d’hommes, arrachés à leurs pays antérieurs, se rencontrent sur des terres, des îles inconnues, et y inventent des solutions neuves, des modes de survivre et de vivre, que personne n’aurait pu prévoir en faisant simplement la somme des facteurs en présence.”

Et sur l’Océan qui les relie, de multiples pirogues-projets tissent des traces, s’inspirent, inspirent, forçant les îles à se découvrir, à se reconnaître.

 Est-ce là renoncer à se gouverner ?

Non, c’est s’accorder à ce qui du monde s’est diffusé en archipels, précisément, ces sortes de diversités dans l’étendue, et qui pourtant rallient des rives et marient des horizons.
Acceptons l’imperfection de la démarche, « si dérive il y a, prenons-la comme appel au glissement et à la rencontre. »

« Faisons de ces archipels, créolisés, des lieux tenaces dans le monde, superbement des “lieux communs ” ». 

Un nouveau dictionnaire émerge, comme un archipel de mots, des mots comme ce « cément » qu’Edouard Glissant imagine : 
«Non pas le ciment, mais son aimant, qui attache en toutes manières, au lieu de diviser. »
Il y a, dans l’invention de ces mots, comme une parabole, un exemple enseigné : “la créolisation est à la portée de tous ceux qui acceptent de jouer le jeu du partage et de l’échange”. 

Le Tout-Monde

Edouard Glissant

Un récit

La nuit avance, on ne distingue déjà plus, de l’océan ou de l’horizon enflammé, lequel engloutit l’autre. Les yeux des enfants se laissent doucement bercer par la danse des mains du vieux sage, qui semblent dessiner sur la voûte scintillante des chemins oubliés entre les étoiles.
« Voilà le Tout-Monde, mes enfants, c’est là que vous vivez. Autrefois, ses habitants étaient tous différents de taille, de couleur, on dit même qu’ils n’avaient pas de langage commun, au point qu’ils ne se comprenaient pas, souvent.
Tous avaient une explication différente de l’Univers…”

Le terme « archipel » est issu de l’italien arcipelago, attesté depuis le XIVe siècle, lui-même emprunté au grec byzantin ἀρχιπέλαγος (archipelagos), littéralement « mer principale » (du verbe ἄρχω [árkhô] {être le premier, commander} → préfixe ἀρχί- [archi-] {principal} et πέλαγος [pélagos] {la haute mer}). Ce mot désignait originellement la mer Égée, caractérisée par son grand nombre d’îles (les Cyclades, les Sporades, Salamine, Eubée, Samothrace, Lemnos, Samos, Lesbos, Chios, Rhodes, etc.)1. Lorsque la plupart de ces îles furent enlevées à l’Empire byzantin au commencement du XIIIe siècle par Marco Sanudo, général vénitien, celui-ci fut fait duc de l’Archipel.
(wikipédia)

Aujourd’hui, nous le savons, le Monde est Archipel.
“Archi-Pelagos”, la Mer principale, le bel Océan où toute île se baigne, certaines, si proches, que l’on aperçoit dès l’aube, et d’autres, trop loin pour qu’on les distingue, mais qu’on sait exister.
Autrefois les Humains pensaient qu’au-delà des frontières de leur île, l’inconnu commençait, et l’Océan leur semblait un monde en négatif, infranchissable et menaçant.

 

Les premiers à construire une pirogue et à la mettre à l’eau ne firent rien d’autre que lier leur île à un ensemble, quitter l’isolement insulaire pour s’ouvrir à la diversité du Monde.
Et c’est en mesurant les distances à l’aide des étoiles qu’ils prirent conscience des dimensions de l’Univers, et finirent par décider que penser « archipélique » convenait à l’allure de nos mondes.
Que cette pensée menait à l’ouverture et au partage, pour que le monde entier s’archipélise et se créolise. »

Le sourire du vieil homme s’éternise ; les yeux fermés, il semble vouloir retenir encore un peu le plaisir précieux qu’il prend à l’évocation de son récit.

« Grand-Père Mathieu, si j’aime tes mots et si j’envie le sourire sur tes lèvres, je n’en comprends pas le sens. Là où je vois des terres isolées par des Océans menaçants, tu vois la Mer qui rallie les terres. Quand pour moi l’archipel n’est qu’un groupe d’îles éparpillées, tu y vois, toi, l’étendue sur laquelle des humains tissent des liens.
Le bruit court que la montée des eaux va rendre beaucoup de terres inhabitables, et que leurs habitants vont devoir trouver d’autres abris, la plupart du temps déjà occupés, et je n’entrevois là aucune chance de partage, aucune ouverture, et moins encore de métissage, mais de la douleur et beaucoup de sang versé.
Où est la réalité ? Quel est notre avenir ? »

La jeune Ushe fixait de ses grands yeux inquiets le visage toujours souriant de Mathieu.

« Fillette, en toi est la Femme, l’ambigu, le fragile, le dérivé. Des siècles de patriarcat ont forgé des visions uniques, simplificatrices, forcé des raccourcis vers une vérité qui s’impose. La violence que tu anticipes tient de ce monde-là. L’avenir auquel tu aspires mérite une autre lecture.
« Les mondes que je parcours s’étoilent en Archipels. La pensée qui les cartographie doit consentir à pratiquer le détour, qui n’est pas fuite ni renoncement.
Tout marin le sait, sur une carte; la ligne droite n’est pas le plus court chemin.
Ça veut dire que le voyageur, en quittant son rivage, doit renoncer à l’esprit de conquête, missionnaire, nuancer ses certitudes, aller à la rencontre de la diversité dans l’étendue.
Comprends-tu maintenant ?..»

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