Archipel Osons les Jours Heureux

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L’archipel Osons Les Jours Heureux est né en mars 2017 dans la continuité d’un regroupement d’associations sous le nom d’Etats généraux du pouvoir citoyen en octobre 2013, devenu plus tard Pouvoir citoyen en marche (terme choisi deux mois avant qu’il devienne très célèbre dans un autre contexte).
La question mise à l’agenda était la réappropriation citoyenne du politique.

Raison d'être :

Pour bâtir ensemble et vivre dès maintenant des jours heureux, relions les acteurs de la transition écologique, sociale et démocratique.
Faisons de la diversité et du foisonnement des initiatives une force citoyenne capable de résister au désordre établi, de bousculer et de dépasser un système destructeur grâce à nos propositions et nos actions.

BD de'Archipel :


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Principes structurant actuels de l'archipel :

Un archipel est un regroupement d’organisations qui décident, tout en se considérant les uns les autres avec bienveillance et en acceptant une charte commune, de se relier.

Mode de fonctionnement actuel :

Chaque organisation est une île, avec son identité-racine. Elle construit avec les autres îles de l’archipel (et plus intensément avec certaines, son identité-relation. Cette construction est une opportunité pour elle de s’interroger sur son entité-racine. Elle est aidé pour cela par deux dispositifs: les pirogues, lancées chacune sur un sujet, de court terme ou non, qui préoccupe plusieurs îles, et le voilier-atelier qui est l’instance de continuité, d’homéostasie peut-on dire, de l’Archipel. Plusieurs fois par an (n fois en 2018) des membres de îles se réunissent en Assemblée (l’assemblée du Lagon), instance d’unité de l’archipel, où les décisions sont prises et aussi repérés des désaccords qui seront ensuite “construits” selon une procédure ad hoc. Le Lagon n’a pas de pouvoir au dessus de celui des îles. 

Réalisations concrètes :

Depuis sa création, l’archipel s’est réuni trois fois à Villarceaux.
Les pirogues actuellement en route sont au nombre de quatre: la pirogue Nanoub, sur la notion de Bien vivre en acte, la pirogue Propolis, sur l’appropriation citoyenne du politique.

Une autre pirogue comprends, elle, des acteurs non membres de l’archipel – des partis ou mouvements politiques. Elle s’appelle Archipol. Elle vise à inventer un nouveau rapport au pouvoir, passer d’une attitude partidaire de politique compétitive à une politique coopérative

Une pirogue qui nous tient à cœur particulièrement est celle sur le construction de récits alternatifs au récit dominant. Elle est actuellement en “carénage”, faute d’un équipage suffisant.

Une pirogue est en gestation sur l’idée d’écoosystème, montage d’un système mettant en acte l’idée de transition pour un nombre de citoyens participant supérieur à un million.

Point de vue sur la notion d'archipel :

Nous rencontrons la difficulté principal de la permanence des identités-racines. En France il est très difficile pour une organisation de se penser “compostable” ou même simplement transformable par le contact avec les autres. Le déploiement de l’identité relation est vue comme secondaire et non comme occasion de dépassement, sans se renier.

Cependant la notion a recueilli de nombreuses réactions d’intérêt, actuellement plutôt auprès de personnes membres des îles qui se font les promoteurs le la dialectique identité-racine/identité relation.

Fondateurs de l’Archipel : Dialogues en Humanité, Collectif Roosevelt, Pacte civique, Labo de l’ESS, ATTAC, Association des Paralysés de France, Association #LesJoursHeureux, Collectif pour une transition citoyenne, Mouvement Utopia, NégaWatt, Les Convivialistes.

Membres actuels :
Dialogues en Humanité, Labo de l’ESS, Collectif pour une transition citoyenne, Mouvement Utopia, Commonspolis-La Belle Démocratie (Municipalisme), Le CRID, Debout éducation populaire, Fondation Terre solidaire, NégaWatt, Forum d’action Modernités, Pacte civique, Sciences critiques, Utopia, Université du Bien commun, Les Convivialistes



Les textes fondateurs :

Appel: changeons de Voie; changeons de Vie!

 

Nous sommes innombrables mais dispersés, à supporter de plus en plus difficilement l’hégémonie du profit, de l’argent, du calcul (statistiques, croissance, PIB, sondages) qui ignorent nos vrais besoins ainsi que nos légitimes aspirations à une vie à la fois autonome et communautaire.
Nous sommes innombrables mais séparés et compartimentés à souhaiter que la trinité Liberté Egalité Fraternité devienne notre norme de vie personnelle et sociale et non le masque à la croissance des servitudes, des inégalités des égoïsmes. Signer l’appel
http://changeonsdevoie.org/pays/#english créole, roumain, espagnol,

Au cours des dernières décennies, avec le déchainement de l’économie libérale mondialisée, le profit s’est déchainé au détriment des solidarités et des convivialités, les conquêtes sociales ont été en partie annulées, la vie urbaine s’est dégradée, les produits ont perdu leurs qualités (obsolescence programmée, voire vices cachés) les aliments ont perdu de leurs vertus, saveurs et gouts.
Certes, il existe de très nombreux oasis de vie aimante, familiale, fraternelle, amicale, solidaire, ludique qui témoignent de la résistance du vouloir bien vivre ; la civilisation de l’intérêt et du calcul ne pourront jamais les résorber. Mais ces oasis sont dispersés et s’ignorent les uns les autres.
Ils se développent pourtant et leur conjonction ébauche le visage d’une autre civilisation possible.

La conscience écologique, née de la science du même nom, nous indique non seulement la nécessité de développer les sources d’énergie propres et d’éliminer progressivement les autres y compris le si dangereux nucléaire, mais aussi de vouer une part de plus importante de l’économie à la salubrité des villes polluées à la salubrité de l’agriculture, donc à faire régresser agriculture et élevage industrialisés de plus en plus malsains, au profit de l’agriculture fermière et de l’agro-écologie.
Une formidable relance de l’économie faite dans ce sens, stimulée par les développements de l’économie sociale et solidaire, permettrait une très importante résorption du chômage comme une importante réduction de la précarité du travail.

Une réforme des conditions du travail serait nécessaire au nom même de cette rentabilité qui aujourd’hui produit mécanisation des comportements, voire robotisation burn-out, chômage qui donc diminue en fait la rentabilité promue. En fait la rentabilité peut être obtenue, non par la robotisation des comportements mais par le plein emploi de la personnalité et de la responsabilité des salariés. La réforme de l’Etat peut être obtenue, non par réduction ou augmentation des effectifs, mais par dé bureaucratisation, c’est à dire communications entre les compartimentés, initiatives, et rétroactions constantes entre les niveaux de direction et ceux d’exécution

La réforme de la consommation serait capitale. Elle permettrait une sélection éclairée des produits selon leurs vertus réelles et non les vertus imaginaires des publicités (notamment pour la beauté, l’hygiène, la séduction, le standing), ce qui opérerait la régression des intoxications consuméristes (dont l’intoxication automobile). Le gout, la saveur, l’esthétique guideraient la consommation, laquelle en se développant, ferait régresser l’agriculture industrialisée, la consommation insipide et malsaine, et par là la domination du profit.

Le Développement des circuits courts, notamment pour l’alimentation, via marchés, AMAP, Internet, favorisera nos santés en même temps que la régression de l’hégémonie des grandes surfaces, de la conserve non artisanale, du surgelé.
Pa ailleurs, la standardisation industrielle a créé en réaction un besoin d’artisanat. La résistance aux produits à obsolescence programmée (automobiles, réfrigérateurs, ordinateurs, téléphones portables, bas, chaussettes, etc.) favoriserait un néo-artisanat. Parallèlement l’encouragement aux commerces de proximité humaniserait considérablement nos villes. Tout cela provoquerait du même coup une régression de cette formidable force techno-économique qui pousse à l’anonymat, à l’absence de relations cordiales avec autrui, souvent dans un même immeuble.

Ainsi les consommateurs, c’est à dire l’ensemble des citoyens, ont acquis un pouvoir qui faute de reliance collective, leur est invisible, mais qui pourrait une fois éclairé et éclairant, déterminer une nouvelle orientation non seulement de l’économie (industrie, agriculture, distribution) mais de nos vies de plus en plus conviviales
Une nouvelle civilisation tendrait à restaurer des solidarités locales ou instaurer de nouvelles solidarités (comme la création de maisons de la solidarité dans les petites villes et les quartiers de grande ville)
Elle stimulerait la convivialité, besoin humain premier qu’inhibe la vie rationalisée, chronométrée, vouée à l’efficacité.
Nous pouvons retrouver de façon nouvelle les vertus du bien vivre par les voies d’une réforme existentielle. Nous devons reconquérir un temps à nos rythmes propres, et n’obéissant plus que partiellement à la pression chronométrique. Nous pourrons alterner les périodes de vitesse (qui ont des vertus enivrantes) et les périodes de lenteur (qui ont des vertus sérénisantes)

La multiplication actuelle des Festivités et festivals nous indique clairement nos aspirations à une vie poétisée par la fête et par la communion dans les arts, théâtre, cinéma, danse. Les maisons de la culture devront trouver une vie nouvelle.
Nos besoins personnels ne sont pas seulement concrètement liés à notre sphère de vie. Par les informations de presse, radio, télévisions nous tenons, parfois inconsciemment, à participer au monde. Ce qui devrait accéder à la conscience c’est notre appartenance à l’humanité, aujourd’hui interdépendante.

Nous sommes d’une Patrie où dès le 16ème siècle Montaigne disait «tout homme est mon compatriote» et où l’humanisme s’est déployé comme respect de tout être humain. Notre patrie dans sa singularité fait partie de la communauté humaine. Notre individualité dans sa singularité fait partie de la communauté humaine. Les problèmes et périls vitaux apportés par la mondialisation lie désormais tous les êtres humains dans une communauté de destin. Nous devons reconnaître notre matrie terrienne (qui a fait de nous des enfants de la terre) notre patrie terrestre (qui intègre nos diverses patries) notre citoyenneté terrienne (qui reconnaît notre responsabilité dans le destin terrestre). Chacun d’entre nous est un moment, une particule dans une gigantesque et incroyable aventure, issue d’homo sapiens-demens, notre semblable dès la préhistoire, et qui s’est poursuivie dans la naissance, la grandeur la chute des empires et civilisations et qui est emportée dans un devenir où tout ce qui semblait impossible est devenu possible dans le pire comme dans le meilleur. Aussi un humanisme approfondi et régénéré est il nécessaire à notre volonté de rehumaniser et régénérer notre pays.

La mondialisation avec ses chances et surtout ses périls a créé une communauté de destin pour tous les humains. Nous devons tous affronter la dégradation écologique, la multiplication  des armes de destruction massive, l’hégémonie de la finance sur nos Etats et nos destins, la montée des fanatismes aveugles. Paradoxalement c’est au moment où l’on devrait prendre conscience solidairement de la communauté de destin de tous les terriens que sous l’effet de la crise planétaire et des angoisses qu’elle suscite, partout on  se réfugie dans les particularismes ethniques, nationaux, religieux.
Nous appelons chacun à la prise de conscience nécessaire et aspirons à sa généralisation pour que soient traités les grands problèmes qui sont à l’échelle de la planète.

Nous n’apportons ni programme ni projet de société, nous indiquons la nécessité de changer de Voie et de nous regrouper dans ce sens.

Que tous ceux qui se reconnaissent dans ce texte lui apportent leur approbation.

Edgar Morin

Texte des valeurs partagées

Document élaboré à partir de la synthèse des différents appels et amendée par 70 personnes de différentes organisations lors d’une journée de travail le 10 décembre, et proposé en février 2017 pour Villarceaux.

Pour une réappropriation citoyenne du politique

(Février 2017)

Introduction/ Contexte

Dans un contexte marqué par l’urgence environnementale et la montée des inégalités, nous assistons un peu partout dans le monde à une progression inquiétante de replis identitaires et des logiques autoritaires. C’est à dire à ce que nous pouvons qualifier de grande régression (sociale, écologique et culturelle), alors qu’une nous aurions au contraire besoin de placer toutes nos forces vives et nos intelligences dans la mise en œuvre d’une grande transition.

La grande nouveauté de ce début de siècle, c’est qu’une « sortie de route », un effondrement de notre civilisation à courte échéance rentre dans le domaine du possible : par autodestruction, conflits guerriers incontrôlés ou désunion face à la menace climatique. Il peut aussi survenir une nouvelle crise financière plus dévastatrice que celle de 2008. Elle sera révélatrice des cinq crises majeures auxquelles il nous faut dès à présent faire face : la crise économique, la crise sociale, la crise politique, la crise environnementale et la crise du sens.

Ces nouveaux conflits dévastateurs sont provoqués par des inégalités plus criantes que jamais, par l’exclusion sociale et politique de pans entiers de l’humanité, et par le développement d’idéologies mortifères allant de l’idolâtrie financière à la xénophobie populiste et à l’intégrisme religieux. Ces dysfonctionnements inacceptables face auxquels les gouvernements se montrent trop souvent impuissants ou complices, sont pour beaucoup provoqués par l’attrait de la démesure qui entraîne un petit nombre vers l’accumulation des biens matériels et des pouvoirs quand il faudrait valoriser le partage et la sobriété des comportements.

Pourtant, en dehors du jeu politique institué et de la scène médiatique, à travers des milliers d’initiatives, un autre monde se forme et bourgeonne. Un monde plus démocratique, soucieux du bien commun, des humains et de la nature dont ils font partie. Un monde respectueux des équilibres naturels et de la qualité des liens que les humains tissent entre eux, un monde conscient du besoin de justice sociale et de responsabilité écologique. Un monde aussi de l’après néolibéralisme, un monde qui veut en finir avec la domination de la finance spéculative et de la corruption, un monde qui refuse la monopolisation du pouvoir par une toute petite minorité d’ultra riches ou d’ultra violents.

Ce monde est celui de la société civique1, qui se construit entre le Marché et l’État. Ce monde se tient à l’écart de la politique partidaire tout en faisant du politique et en créant de l’espoir. Or cet espoir, il ne pourra le concrétiser qu’en rendant pleinement visibles les solutions dont il est porteur. Et cela il ne pourra le faire qu’en entrant aussi, mais différemment, dans ce monde médiatique et politique dont il se méfie.

Le socle des valeurs communes

Pour que le processus de réappropriation citoyenne du politique se mette en marche, il est important que les acteurs déjà impliqués ou à venir dans ce mouvement se rassemblent autour d’un socle de valeurs communes qu’ils entendent à la fois se donner et promouvoir. Ce socle de valeurs communes a vocation à devenir une référence collective.

Quelles valeurs ?

Elles animent toutes celles et ceux qui, jour après jour, inventent d’autres mondes, qui résistent au néolibéralisme et/ou pratiquent « le changement que tu veux voir dans le monde ».

Les valeurs que nous souhaitons partager passent par des mots-clés comme partage et équité, responsabilité et coopération, fraternité et dignité, respect et diversité, résistance et expérimentations, lucidité et sobriété, justice et paix, créativité et volonté, et par des récits qui permettent de rappeler ce qui nous rassemble et qui est déterminant pour notre avenir. Il importe de redonner du sens et du contenu à la devise Liberté, Egalité, Fraternité de notre République.

Nous devons contribuer à construire une société qui ne soit pas aliénée à la croissance matérielle, où l’émancipation individuelle et collective ne peut et ne doit plus reposer sur la démesure du PIB, de la richesse et du pouvoir, mais sur d’autres sources d’inspiration : engagement au service du bien commun, respect de la nature et de la dignité de la personne, dépassement du patriarcat, sobriété volontaire et volonté de coopération avec l’autre.

Quatre grands principes

Pour formuler autrement ces valeurs que nous voulons partager, nous pouvons aussi nous inspirer des quatre grands principes exprimés dans le Manifeste convivialiste, soit :

Un principe de commune humanité : qui interdit toutes les formes d’exclusion et de stigmatisation par delà les différences de couleur de peau, de nationalité, de religion ou de richesse, de sexe ou d’orientation sexuelle. C’est un principe de fraternité.

Un principe de commune socialité : qui considère les êtres humains comme des êtres sociaux pour qui la plus grande richesse est la richesse de leurs rapports sociaux. C’est un principe d’égalité.

Un principe de légitime individuation, ou encore d’accomplissement personnel, qui permet à chacun d’affirmer au mieux son individualité singulière en développant sa puissance d’être et d’agir sans nuire à celle des autres. C’est un principe de liberté.

Un principe d’opposition maîtrisée et constructive, qui affirme que l’objectif politique premier est de permettre aux humains de coopérer en s’opposant sans se massacrer (et de se donner sans se sacrifier). C’est un principe que l’on peut qualifier de libéral ou républicain.

Ces quatre principes reprennent en les synthétisant et en les combinant les quatre théories politiques de la modernité : le communisme, le socialisme, l’anarchisme et le libéralisme.

Ce sont à ces principes que se sont opposés et s’opposent encore tous les totalitarismes, les dictatures ou les oligarchies, financières comprises. Nous considérons qu’un État ou un gouvernement, une institution politique nouvelle ne peuvent être tenus pour légitimes que s’ils respectent ces quatre grands principes.

Dans le domaine du politique, nous devons contribuer à la réinventer en dépassant un système de démocratie purement compétitive à bout de souffle et qui nous condamne à l’impuissance parce que son principe constitutif, la délégation généralisée, pousse à la déresponsabilisation citoyenne. Il faut notamment aller au-delà du suffrage universel en complétant les institutions de la démocratie représentative par des instances de démocratie directe ou participative effective. C’est dès le niveau local qu’il nous faut reconstruire les prémices d’un nouvel âge démocratique.

Il convient également de dynamiser le rôle fondamental de l’école, de la culture, de la vie des idées, de l’expression artistique pour stimuler une pensée ouverte sur les autres et sur le monde. La vie scolaire doit apprendre le vivre-ensemble, la coopération au lieu de favoriser l’esprit de compétition, pour aller vers une société sans discrimination, en particulier entre les sexes, les couleurs de peau, les religions, les origines ancestrales. L’apprentissage d’un métier se fera plus efficacement et agréablement si l’ouverture au monde et aux autres ainsi que le respect de la nature sont des valeurs partagées.

L’impératif d’une convergence de la société civique

C’est dans une forte convergence des mouvements issus de la société civile que réside notre principale source d’espoir. Un gouvernement élu où que ce soit dans les conditions actuelles n’aura pas seul un pouvoir suffisant pour appliquer scrupuleusement les valeurs esquissées ci-dessus, quand bien même il le désirerait sincèrement. Il se heurtera à l’oligarchie des détenteurs actuels des pouvoirs politique et économique. Il ne pourra donc le faire que porté par un très fort soulèvement de l’opinion, à l’échelle mondiale comme à celle des territoires.

Si nous n’avons aujourd’hui que peu de moyen de pression matérielle à opposer aux puissants du moment qui mènent le monde à sa ruine, nous disposons d’autres leviers que sont l’appel à la prise de conscience devant les faillites sociales et écologiques, le combat contre l’hégémonie culturelle du néolibéralisme et surtout la capacité de s’opposer collectivement à ceux qui violent les principes de commune humanité, commune socialité, légitime individuation et d’opposition contrôlée.

Comme il est trop tard pour être pessimiste2, il est de notre devoir de résister aux dérives d’un système insoutenable et inégalitaire, d’imaginer des sociétés justes et fraternelles, d’expérimenter des nouvelles activités ou pratiques qui préfigureront le vivre ensemble, le« Buen Vivir » de demain.

1     C’est à dire celle qui rassemble et mobilise les acteurs de la société civile et du monde politique, qui, face aux mutations en cours, prenant conscience qu’ils sont « à la fois le problème et la solution«, remettent en cause leur rapport au pouvoir et coopèrent d’afin d’inventer un futur désirable pour tous.

2     Matthieu Ricard

L’archipel, une notion dont le temps est venu.

Claude Henry –(mi janvier 2017)

La notion d’archipel a été souvent utilisée depuis trois ans dans le Collectif « Pouvoir citoyen en marche », continuation des « Etats généraux du pouvoir citoyen »). Elle est devenue pour beaucoup une « aide à penser » l’aventure intellectuelle et politique dans laquelle ce groupe s’est engagée face à la situation mondiale, courant 2013. Sans prendre le temps d’approfondir sa signification, même si nul n’ignorait qu’elle avait sa source dans la pensée du magnifique auteur Edouard Glissant, originaire d’une des îles de l’archipel le plus connu en France, celui des Caraïbes.

 

La notion évoquait tout de suite, pour qui la découvrait, une réalité tangible : celle de plusieurs îles rassemblées par une même géographie proche, mais que les chocs de l’Histoire avaient entrainées dans des cultures et des  institutions spécifiques. Se servir de cette analogie parlait directement à l’esprit – on peut même dire au cœur – de celui/celle qui percevait la diversité de nos organisations et qui voyait avec tristesse la difficulté pour cet ensemble de devenir une large force socialement reconnue, dès lors que chaque structure était souvent trop prise par son quotidien et ses propres histoire et références.

Alors que la capacité de conviction de la notion s’étendait, certaines critiques lui furent adressées, sans que soit toujours compris jusqu’où elle avait sa pleine utilité, et là où il faudra la compléter. L’heure est donc venue de prendre le temps de relire avec soin ses origines, le « complexe d’idées » dont elle est formée.

 

 

I – Le contexte de son usage aujourd’hui

 

On peut estimer que la pensée de Glissant vient à propos pour nourrir la réflexion de plusieurs des associations françaises désirant construire entre elles quelque chose de commun, pour peser sur les sphères du politique et des media, pour proposer la Société Civique ([1]). Et lever ainsi quelques difficultés rencontrées, au delà de passerelles qu’elles ont pu lancer entre elles, depuis le début des années 2010, telles la préparation des EGR ([2]), la construction de plusieurs réseaux (dont les Colibris et le Pacte civique), des opérations comme « Libérons les élections » – en 2012 -, plus récemment le Collectif de la transition citoyenne et son Festival annuel, et à partir d’octobre 2013, ce qui deviendra le Collectif « Pouvoir citoyen en marche ».

 

Certes, nous ne sommes plus dans un univers esclavagiste, mais nous savons que la démesure et la maltraitance de la société-monde – Glissant propose de parler de mondialité , laissant le nom de mondialisation pour désigner la globalisation financière – exigent de nous « redresser », de nous mettre en situation de « créer » un mouvement immense de métamorphose humaine (voir « La cause humaine » de Patrick Viveret). En nous « créolisant » ? En créant une nouvelle langue et une nouvelle culture ? Nous sommes, en tant que Société civique, face aux « continents » des forces politiques et médiatiques qui entendent avec peine ce que nous portons ; nous avons aussi beaucoup de mal à nous organiser. Comment devons nous chercher à exprimer notre propre parole et notre imaginaire commun ?

 

Dans chacun de nos regroupements, la question de la différence vient vite à l’esprit, puis quand nous devenons nombreux, celle de la diversité ;  un point crucial apparaît alors : comment faire ensemble, se rassembler, se connaître ? Comment ne pas se laisser impressionné par le risque d’émiettement et de dispersion ? Et aussi, très vite, comment concevoir la gouvernance du regroupement…La crise de la représentation politique nous enjoignait à chercher à exprimer ce que portait en elle la société civile, les multiples alternatives développées en France depuis le surgissement de l’alter-mondialisme, sous les formes les plus diverses, de l’AMAP à la monnaie locale, du féminisme au retour du spirituel – bien au delà des tensions religieuses que l’on met en avant pour éviter de voir les aspects positifs de ce dernier. Dans la plupart des domaines, des solutions, testées dans des réalisations d’ampleur significative, sont disponibles: agriculture, éducation, sante, qualité démocratique, finance solidaire, énergie, culture… Voir le petit livre « Et nous vivrons des jours heureux » Actes Sud.

 

 

On soutient ici que le « changement de paradigme » que nous recherchons nous met dans une situation qui n’est pas sans analogie avec ce que les dominés colonisés recherchaient et recherchent encore.

 

 

II – Un examen attentif de la pensée d’Édouard Glissant,

 

Transmettre sans la trahir la pensée d’Édouard Glissant n’est pas simple, car, comme sa langue même, elle se développe en volutes successives et ses concepts principaux, tous faisant système entre eux, se trouvent dans des textes différents répartis dans divers livres – désignés ici par de simples sigles de repérage: POR « Poétique de la Relation », Gallimard, 1990 ; PR « Philosophie de la Relation », 2009; IL « Imaginaire des langues », 2010 (ces trois livres sont été édités chez Gallimard).

                                                                         

On peut entrer dans l’univers mental d’Edouard Glissant de plusieurs manières, par intérêt pour les traces laissées par l’esclavage (Césaire, Nizan), ou par souci de connaître un imaginaire immense et bigarré, ou encore pour la beauté de la langue d’un des plus grands auteurs caribéens. Ou par tous ces chemins.

À titre d’exemple, et juste pour le plaisir de la lecture, voici comment en quelques phrases, il nous donne à voir un aspect de la beauté de l’île dont il est originaire.

 

« La plage du Diamant, dans le sud de la Martinique, vit d’une manière souterraine et cyclique. Dans les mois d’hivernage, elle se réduit à un couloir de sables noirs, venus on dirait des côtes d’en haut, là où la Pelée ramage ses frondaisons de laves brisées. Comme si la mer entretenait un commerce souterrain avec le feu caché du volcan. Et j’imagine ces nappées sombres en roule sur le fond marin, convoyant jusqu’à l’espace aéré d’ici ce que l’intensité du Nord a mûri de nuit et de cendres impassibles” (POR, page 135)

 

Puis un autre extrait, plus proche de notre intention actuelle :

« Penser que sa propre valeur entre dans un entrecroisement de valeurs, c’est un beaucoup plus grand, noble et généreux projet que celui de tenter que sa propre valeur devienne valable pour le monde entier » IL p 45

 

Raphaël Confiant a écrit sur Edouard Glissant, au moment du décès de ce dernier (février 2011):

 

« Glissant est le premier, dans la sphère francophone en tout cas, à avoir analysé (et célébré) le processus de créolisation qui a donné naissance à nos sociétés, prenant congé d’un seul coup avec ce qu’il appelait nos arrière-mondes à savoir l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Mais prendre congé ne signifie nullement rejeter ou renier, comme insinuent certains esprits obtus, mais tout simplement vouloir habiter son lieu et son histoire.
Chercher à exprimer sa propre parole. Que nous le voulions ou nom, notre lieu de naissance est l’Habitation. C’est dans l’enfer esclavagiste que nos ancêtres se sont peu à peu redressés, qu’ils ont cessé d’être des sous-hommes ou des bêtes de somme et qu’ils ont créé de toute pièce une nouvelle langue et une nouvelle culture pour devenir des êtres humains à part entière. « Créole » vient du latin « creare » qui signifie « créer » ».

L’auteur de « Malemort », poursuit Raphaël Confiant, préférait partir à la recherche de ce qu’il a appelé « la poétique créole » c’est-à-dire cette manière particulière que nous avons, en tant que peuple, d’organiser notre discours, d’élaborer une rhétorique qui nous est propre.

http://blog.manioc.org/2011/02/hommage-edouard-glissant-par-raphael.html

 

 

Vient alors une question simple : Chacune de nos organisations de la société civique, tout en développant sa propre « poétique » ne peut-elle pas se penser, et être pensée, comme une ile d’un archipel, dans une dynamique de la Relation, telle que l’a proposée E.Glissant ?? »

« La poétique n’est pas un état du rêve et de l’illusion, mais c’est une manière de se concevoir, de concevoir son propre rapport à soi-même et à l’autre et de l’exprimer IL p.44

 

Deux  brèves citations supplémentaires vont nous rappeler à quel niveau l’auteur pose sa réflexion : celui d’une zone du monde dominée par la pensée coloniale drapée dans l’Universel, au regard duquel il veut construire une Relation plus égalitaire entre des Différents. Mais aussi dans un moment du monde où le métissage se généralise, dont il met en valeur la forme actuelle, qu’il appelle la « créolisation ». Relisons le :


« La différence, ce n’est pas ce qui nous sépare. C’est la particule élémentaire de toute relation. C’est par la différence que fonctionne ce que j’appelle la Relation avec un R ». IL page 91


« La pensée de la Relation ne confond pas des identiques, elle distingue entre des différents, pour mieux les accorder… Dans la Relation, ce qui relie est d’abord cette suite des rapports entre les différences, à la rencontre les unes des autres… La Relation se renforce quand elle (se) dit. Ce qu’elle relate, de soi-même et par soi-même, n’est pas une histoire (l’Histoire) mais un état du monde, un état de monde.
Il se réalise alors que la Relation n’a pas de morale, elle crée des poétiques et elle engendre des magnétismes entre les différents. La relation n’infère aucune de nos morales, c’est tout à nous de les y inscrire, par un effort terriblement autonome de la conscience et de nos imaginaires du monde » PR page 72

 

Mais pour qu’il y ait Relation, il faut que l’identité des différents qui se rencontrent soit assurée ; et Glissant de poser, bien avant les débats actuels sur les identités :

« L’identité n’est plus seulement permanence, elle est capacité de variation, oui, une variable, maitrisée ou affolée … L’identité comme système de relation, comme aptitude à « donner avec », est à l’opposé une forme de violence qui conteste l’universel généralisant et requiert d’autant plus la sévère exigence des spécificités. Mais elle est difficile à équilibrer » POR 155/157

 

Si nous posons le métissage comme en général une rencontre et une synthèse entre deux différents, la créolisation nous apparaît comme le métissage sans limites, dont les éléments sont démultipliés, les résultantes imprévisibles. La créolisation diffracte…Elle emporte dans l’aventure du multilinguisme et dans l’éclatement inouï des cultures. Mais l’éclatement des cultures n’est pas leur éparpillement, ni leur dilution mutuelle. Il est le signe violent de leur partage consenti, non imposé. POR p 46/47

Le monde se créolise, toutes les cultures se créolisent à l’heure actuelle dans leurs contacts entre elles IL p32… Je peux changer en échangeant avec l’autre, sans me perdre et me dénaturer IL p 81

 

 

 En continuité avec cet appel à « l’identité comme système de relation », Glissant propose alors les trois concepts qui nous ont paru si adéquats à notre propre situation : l’identité-racine, l’identité-relation et l’archipel:

 

L’identité-racine

– est liée, non pas à une création du monde, mais au vécu conscient et contradictoire des contacts      de culture ;

                – est lointainement fondée dans une vision, un mythe, de la création du monde ;

– est sanctifiée par la violence cachée d’une filiation qui découle avec rigueur de cet épisode fondateur

– est ratifiée par la prétention à la légitimité, qui permet à une communauté de proclamer son droit à la possession d’une terre, laquelle devient ainsi, territoire

– est préservée , par la projection sur d’autres territoires qu’il devient légitime de conquérir – et par le projet d’un savoir.

                L’identité-racine a donc ensouché la pensée de soi et du territoire, mobilisé la pensée de l’autre et du voyage

 

L’identité-relation

– est liée, non pas à une création du monde, mais au vécu conscient et contradictoire des contacts      de culture ;

– est donnée dans la trame chaotique de la Relation et non pas dans la violence cachée de la filiation ;

– elle ne conçoit aucune légitimité comme garante de son droit mais circule dans une étendue nouvelle

– ne se représente pas une terre comme un territoire, d’où on projette vers d’autres territoires, mais comme un lieu où on « donne-avec » en place de « com-prendre »

L’identité-relation exulte la pensée de l’errance et de la totalité. POR page 157/158

 

 

Puis l’archipel, en lien intime avec « le lieu », avec les îles

 

« L’imaginaire de mon lieu est relié à la réalité imaginable des lieux du monde et tout inversement. L’archipel est cette réalité source, non pas unique, d’où sont sécrétés ces imaginaires : le schème de l’appartenance et de la relation, en même temps. » PR p 47

« La pensée archipélique, pensée de l’essai, de la tentation intuitive, qu’on pourrait apposer à des pensées continentales, qui seraient avant tout (pensées) de systèmes. » p 45

Agis dans ton lieu, pense avec le monde … Le lieu est incontournable. PR p 46

L’archipel est cette réalité source, non pas unique, d’où sont secrétés ces imaginaires: le schème de l’appartenance et de la relation, en même temps p 47

 

 

III – En quoi la pensée de Glissant nous aide t-elle à voir autrement la triade identité/ relation/ réseau, et à mettre en commun nos forces tout en mettant à distance nos « egos organisationnels » ?

 

Par delà le style flamboyant de l’auteur, on rejoint la tension vécue par nos organisations : convaincues, souvent à juste titre, de l’importance de leur raison d’être, héritières chacune d’une histoire souvent honorable, prisonnières parfois de quelque rigidité et de cicatrices internes mal fermées, elles voient bien la nécessité de se relier pour compter dans la transformation collective souhaitée par un très grand nombre d’autres structures, avec le sentiment qu’il faut privilégier ce qui rassemble et laisser en retrait – sans le nier – ce qui divise, si on veut aller vers un changement assez radical d’un monde divers et dangereux, affronté à des problèmes communs colossaux,  l’épuisement des solutions de la mondialisation financière, la survie de l’humanité dans son éco-système, les flux migratoires, les nouveaux équilibres géo-politiques, etc…

 

Dans la recherche de mutualisation que mène la société civile de transformation SCT dans nos pays, au sein de la grave crise du politique (lié à la crise, économique, sociale et environnementale), et face aux pensées « continentales » des partis et aux pensées « communicationnelles » des médias, la métaphore de l’archipel va nous être  très utile. Chaque entité de la SCT peut être pensée comme une île d’un archipel. Chaque grand réseau/plateforme peut être considéré comme un archipel, s’il en a acquis les caractéristiques (voir plus bas).  Et des archipels d’archipels peuvent apparaître. La diversité de nos organisations résonne bien avec l’image d’une multitude d’iles…parfois même avec celle d’une poussière d’îles…

 

Dans un archipel physique, il n’y a pas de centre, chaque ile construit son chemin, porteur de sa propre culture, de sa « poétique », dans son « lieu », ouvert aux autres, et en recherche de construction archipélique avec les « iles » les plus proches – ou avec des îles dans d’autres archipels. Il s’en suit des « créolisations » entre iles voisines qui s’étendent bientôt aux iles plus éloignées puis vers d’autres archipels. Bien que certaines îles portent plus que d’autres l’énergie de créolisation, toutes les îles et archipels sont travaillés par le désir de Relation.

 

Et E. Glissant nous met en garde : chaque organisation a la tentation de reconstruire un « universel », à partir de son « lieu ».

Chaque entité a son « lieu », sa « poétique », son identité. Cette dernière est entretenue comme identité-relation, à partir d’une identité-racine, respectée, mais guérie de tout désir de devenir universelle. L’identité-relation favorise la créolisation qui à son tour renforce l’identité-relation. L’archipel se développe et grandit. L’appartenance – à « mon lieu » – et la relation sont alors « secrétées » ensemble.

 

 

Glissant n’a pas donné d’éléments d’organisation qui permettent l’émergence et le développement de l’archipel. On peut dire même qu’il n’a pas construit « théoriquement » ce concept. Il l’a définit plus en négatif, comme permettant d’échapper au risque de pensée continentale (qui peut être portée – et imposées – par certaines îles), et comme alerte contre le risque « d’un engluement, d’une dilution ou d’un arrêt dans des agglomérats indifférenciés » POR page 156

 

C’est la nécessité de faire plus qu’une simple mise en réseau, de devoir et de vouloir s’organiser entre îles pour peser face à la crise politique, pas seulement en France, qui a déclenché l’intérêt de reprendre cette idée en tentant de la mieux construire.

 

C’est ainsi que, courant 2013, plusieurs organisations françaises se sont regroupées, avec un moment fondateur en octobre de la même année. Et depuis ce moment jusqu’à aujourd’hui, début 2017, elles ont fait vivre une forme organisationnelle originale, autour d’un « centre » représenté par un comité de « pilotage » qui a trouvé tant bien que mal son équilibre et son utilité. Les quelques limites rencontrées, une certaine sous-organisation en particulier, n’ont pas empêché une reconnaissance par l’extérieur de la pertinence de cette approche, dont on peut dégager, à partir de cette expérience, les quelques principes suivants :

 

  • L’énergie vient des îles elles-mêmes. Au cours du temps, une île prend une position de « premier de cordée » – ou « prend le lead » – sur une opération donnée, les autres appuyant son action et mobilisant leurs propres membres.
  • Si le comité de pilotage est vu comme centre par l’extérieur – l’archipel est immergé dans une énergie permanente d’institutionnalisation (demande des medias, en particulier : l’archipel, combien de divisions) – c’est en son sein que le « vide » de pouvoir est travaillé, suscité, protégé ;
  • mais aussi encouragées et soutenu les identités-relation, celles qui demandent le plus de soin. Car les îles, même si le copil fonctionne bien, se soucient en premier lieu de leur identités-racine.
  • La reliance, qui n’est rien sans la connaissance réciproque, est primordiale. Elle est inopérante si on n’y consacre pas du temps. Elle conduit à la reconnaissance de valeurs et au désir d’actions communes, après analyse des caractéristiques des identité-racines.
  • Le niveau de l’archipel n’est pas en surplomb ; il est au service de la dynamique des îles
  • le « centre » n’a pas de « pouvoir de décision politique » ; ce dernier est issu des îles et s’exprime via les identités-relation. Il a en revanche un pouvoir « d’animation » de la diversité/cohérence entre les îles.
  • Ceci nécessite quelques fonctions, tout en reprenant ici le principe de subsidiarité ; les fonctions de l’archipel sont celles que ne peuvent pas assumer chacune des îles : comment se faire connaître collectivement; comment construire un événement ; comment participer à une concertation avec d’autres archipels…
  • Pour cela, une petite structure d’animation est nécessaire. Le lien avec les îles (dans les deux sens) est primordial. L’essentiel est la dynamique qu’on engage, et d’avoir un groupe qui impulse/fait vivre la démarche sous contrôle des îles.
  • Des moyens en temps humains et en ressources financières, même modestes, doivent être trouvés, de préférence auprès des îles. Le financement participatif, impossible naguère, est maintenant à portée de main.
  • Désormais, les outils numériques peuvent, s’ils sont bien maîtrisés et si cette maîtrise est suffisamment partagée entre les îles, permettre à ce lien de se consolider. Ils sont nécessaires pour être connu par l’extérieur.
  • Il en est de même de certaines techniques d’animation : Au cours du temps ont été inventés : l’écoute conviviale, les auditions partagées, la construction des désaccords, les mises en pratique de la qualité démocratique et du convivialisme…
  • Et aussi des techniques de développement personnel comme la révolution intérieure, en particulier la non-violence. Nous nous sommes beaucoup nourris de la réflexion sur les interactions entre transformation personnelle et transformation sociale [3]
  • Un rapport apaisé au savoir, à la connaissance, et aux pratiques collaboratives – en se méfiant de la prise de pouvoir individuel – est nécessaire, sachant que nous sommes issus d’une culture qui sous-valorise la coopération et la fraternité.

 

 

IV – En quoi cette expérience du Pouvoir Citoyen en marche peut-elle servir, dans la conjoncture 2017 et sur le plus long terme ?

 

 IV – 1 Alors que s’approche la séquence électorale de 2017, avec les lourdes incertitudes que peut engendrer un milieu politique décrié et émietté, plusieurs projets de « grand rassemblement » des citoyens se font jour. Cette situation est vraiment une première. La portion de la société civile qui désire un changement significatif ne s’est jamais retrouvée dans une telle situation depuis la guerre, et elle doit inventer, dans une certaine urgence, les moyens de s’organiser pour rassembler ses convictions, se faire entendre à travers un milieu médiatique qui, sans l’ignorer, émiette les informations sur les initiatives qu’elle porte, tout occupé qu’il est à transmettre en continu les jeux de pouvoir entre écuries politiques, et les informations désastres du monde…

 

Si créer en un instant un grand archipel rassembleur est une chimère, il n’est pas impossible de mettre en oeuvre quelques principes simples :

 

  • Se mettre en position d’accueillir la diversité. Ne pas la considérer à priori comme « dispersive » ; construire les conditions pour qu’elle ne le soit pas
  • En revanche, demander à chacun-e de ne pas être le porte parole du sa seule individualité, mais de rejoindre la ou les organisations dont il – elle se sent le plus proche
  • Garder l’esprit de l’interconnaissance et de la reliance. De bons chemins pour ce faire sont les événements communs …mais aussi de bonnes bases de données et des liens entre sites, en cours de construction.
  • Privilégier ce qui nous rapproche par rapport à ce qui nous éloigne. L’expérience de la construction de désaccords nous a appris que la recherche du cœur d’un désaccord – qui peut subsister, bien entendu – met en lumière tous les points d’accord.
  • Refuser farouchement d’être traités d’idéaliste quand on s’engage dans un tel chemin.
  • Aller vers une convergence des regroupements existants, en gardant l’esprit de service de l’archipel et le rôle de « premier de cordée » de certaines îles
  • Rechercher les forces humaines financières pour assurer l’animation (outils numériques compris)

 

 

On trouvera dans d’autres endroits les informations sur la convergence citoyenne en cours et ses éléments de calendrier 2017)

 

 IV – 2 Il faut maintenant s’interroger, avant de conclure, sur les limites de l’archipel, tel que nous lui avons donné vie. Celui-ci est un outil de rassemblement, dans une situation hautement nouvelle, nous l’avons dit, produite par l’affaissement des partis politiques dans leur ambition à inventer le monde qui vient et à la cécité des forces économiques dominantes, en particulier financières.

 

Cet outil de pensée n’éclaire pas sur le fantastique travail institutionnel dont notre pays a besoin pour s’organiser autrement, quoiqu’ il permet d’en éclairer les principes. Il ne traite pas des nouveaux équilibres de droits et de pouvoirs dans une société nouvelle ; Il n’a pas de prise directe sur les questions géo-politiques et les dangers qu’elles suscitent.

 

Nous voulons que le « milieu politique » évolue profondément, non pas le remplacer ; aider à le reconstruire par la présence citoyenne. Nous avons œuvré pendant assez longtemps à la mise en visibilité de nos réussites pour vouloir bousculer ce milieu auto-reproduit, et la part des média qui l’accompagne en lui servant de chambre d’écho.

Nous sommes convaincus qu’une autre manière de faire de la politique est non seulement nécessaire, mais possible. Nous soutenons l’action de nombreux élus locaux – pas de tous !

 

C’est dans cette phase très particulière que nous expérimentons l’utilité de l’essor de nouveaux archipels citoyens et de leur regroupement. Ceci pourra être très utile dans le moyen terme qui suivra la séquence très particulière de l’élection présidentielle ; d’abord pour les autres séquences électorales, mais aussi bien au delà ; dans des conjonctures qu’il est bien impossible d’imaginer, vu l’importance de la première élection et de son poids excessif dans la vie de notre pays. Si nous réussissons ces séquences proches, en participant à écarter les projets les plus sombres, les archipels que nous aurons construits auront sans doute redonné à nombre de citoyens le goût de prendre plus de temps pour la vie collective car ils auront perçu qu’ils peuvent être entendus et que leur expérience peut servir.

Le développement de ce nouvel intérêt pour la chose publique permettra alors de nouvelles formes de pratiques politiques, dès lors qu’aura pu être écarté, espérons le, les oiseux de malheur qui se nourrissent de nos faiblesses collectives actuelles.

 

La « réappropriation citoyenne du politique » n’est pas la tâche d’une année ; c’est un processus long. Nous en sommes au début. Les mises en pratique du concept d’archipel nous a aidé à faire les premiers pas et à engager les suivants.  

 

[1] On désigne sous ce terme la mise en commun de la société civile s’intéressant à la transformation sociale, de la société politique résolue à s’engager dans cette transformation et non à rester dans les seuls jeux de pouvoir, et de la société médiatique qui refuse de faire de la communication pour promouvoir les vertus du journalisme. Ce concept a été proposé par Patrick Viveret

[2] EGR Etats généraux du Renouveau, rencontres annuelles organisées à Grenoble pendant trois années (2010/2012), en janvier, par le journal Libération.

[3] https://wikimonde.com/article/Interactions_Transformation_Personnelle_-_Transformation_Sociale

 

 

Et si nous commencions nous mêmes sans attendre à vivre des jours heureux ?

Texte sur le Buen Vivir proposé par Pascale et Patrick, le 03/05/17

Le Bien Vivre, le Buen Vivir ne deviendra un véritable projet de société que s’il est incarné par un mouvement qui le prend suffisamment au sérieux pour s’organiser en conséquence autour de cet axe. Il nous faut en faire un enjeu d’expérience et pas seulement d’espérance. Pour qu’une transition vers des sociétés du bien vivre soit possible il faut qu’il soit désirable. C’est parce qu’une anticipation par un nouveau type de mouvement social et citoyen de formes d’organisations politiques économiques éducatives etc aura créé à la fois ce désir et la démonstration qu’il est réalisable que des forces beaucoup plus nombreuses pourront en faire eux mêmes un projet. L’ambition de projets aussi ambitieux et radicaux que celui de la Sécurité sociale porté par le CNR n’aurait pas été concevable si le mouvement ouvrier n’avait pas commencé à faire des caisses de secours mutuel non seulement un enjeu de résistance mais aussi d’expérimentation anticipatrice. C’est donc la stratégie du REVE proposée par les états généraux de l’économie sociale et solidaire qu’il nous faut mettre en œuvre avec le V de la vision transformatrice qui débloque l’imaginaire, le E de l’expérimentation anticipatrice qui l’incarne, qui donne au R de la résistance un caractère créatif (sans quoi elle peut tourner à la révolte désespérée) . Et, en facteur commun, le dernier E celui de l’évaluation démocratique entendue au sens fort d’organisation de la délibération citoyenne sur ce qui fait valeur, valeur au sens originel fort de force de vie. On peut même y ajouter un second R celui de la Résilience refondatrice si nous sommes conduits, comme on peut le craindre, à affronter des situations d’effondrements provoqués par les années d’irresponsabilité écologique, sociale et financière de l’hypercapitalisme. Auquel cas notre projet devient REVER ce qui n’est pas inutile dans des temps qui peuvent être cauchemardesques J 

 

Nous devons donc construire une véritable “alliance des forces de vie” capable non seulement de résister aux logiques mortifères mais aussi de promouvoir cette grande Transition vers des sociétés du Buen VIVIR, du bien Vivre dans la lignée des appels d’Edgar Morin, de Nicolas Hulot, des Colibris , du manifeste convivialiste, de films comme “Demain” , “Sacrée croissance” ou “En quête  de sens” et de toutes les initiatives qui manifestent dans le monde entier une formidable créativité culturelle, écologique, sociétale et citoyenne.

 

Au cœur de ce Projet de Transition vers une société du bien vivre il y a cependant un point aveugle important qui faute d’être compris et pris en compte pleinement conduit nombre de projets transformateurs à l’échec ou à voir limitée leur Puissance créatrice. Ce point aveugle c’est que nombre de projets alternatifs dans l’histoire ont fini par échouer, non par la force de leurs adversaires (le capitalisme, le despotisme par exemple) mais par insuffisance d’énergie créatrice intérieure. Le communisme par exemple s’est détruit de l’intérieur et a  produit ces caricatures mortifères de régimes totalitaires qui finissaient par rendre par comparaison le capitalisme désirable pour les populations qui en subissaient l’oppression. La magnifique vision du socialisme jauressien a été détruite beaucoup plus par la perte de vision transformatrice des partis qui s’en réclamaient (nous en avons une triste démonstration en Europe) que par un rapport de force défavorable. Plus près de nous les échecs de tentatives de “politiques autrement” telles celles proposées par l’écologie politique ont là aussi échoué de l’intérieur pour l’essentiel. Toujours on retrouve, si on analyse les causes de ces échecs, le fait que des formes de mal de vivre, de mal être, voire de maltraitance étaient fortement présents au cœur de ces mouvements. Or tout mal de vivre collectif ou individuel se traduit par un déficit d’énergie intérieure qui conduit à rechercher à l’extérieur l’énergie manquante. Cela se traduit par la rivalité dans les rapports avec autrui, la prédation dans les rapports à la nature et par la dépression dans les rapports à soi même. A ce titre il n’est pas sans intérêt de voir comment des problèmes dits « personnels » ont joué un rôle décisif dans des bifurcations négatives de forces transformatrices : Qu’il s’agisse de Danton et de Robespierre, de Marx et de Proudhon, de Lénine et de Trotsky de Castro et de Mao etc. la liste est longue de ces influences négatives de manque de sagesse et de bien vivre intérieurs qui se traduisent par des formes brutales dans les modes d’organisation et de leadership. On peut sans difficulté en trouver de nombreux exemples dans l’actualité des organisations auxquelles nous appartenons les uns et les autres J

 

C’est dans cette perspective  qu’au Forum social mondial de Porto Alegre nous avions proposé à plusieurs “l’axe TPTS” c’est à dire la nécessité d’avancer simultanément sur le terrain de la transformation personnelle et sur celui de la transformation sociétale. Le déficit énergétique provoqué par l’insuffisance de joie intérieure débouche sur la compensation de ce que le philosophe Spinoza nommait les passions tristes. Si, en termes écologiques, le mal-être est aussi a l’origine des formes boulimiques de productivisme et d’extractivisme,  seule une sobriété heureuse,  (à condition d’insister sur ce second terme), est de nature à inverser ce processus délétère.

Prenons un exemple rarement évoqué dans nos milieux,  celui de ce que l’on peut appeler le défi de  l’ABS c’est à dire le triple rapport à l’Amour, au Bonheur et au Sens qui est au cœur des grandes questions humaines qu’elles soient personnelles ou sociétales. Si, à l’image des expressions populaires, ces trois recherches fondamentales d’amour, de bonheur et de Sens qui meuvent les êtres humains sont vécues comme interdites, inaccessibles ou, pire, dangereuses, aucune alternative profonde n’est réellement possible. Si l’amour est intrinsèquement  associé à la chute (tomber amoureux, tomber enceinte etc.), le bonheur à l’ennui (les peuples heureux n’ont pas d’histoire) et le Sens à la guerre, alors la perspective d’une société du bien vivre s’éloigne ou devient purement idéologique. 

Pourtant rien ne justifie cette vision sinistre. On peut s´élever en qualité d’amour, vivre intensément “à la bonne heure” dans une qualité de présence à la vie et considérer la pluralité des traditions de Sens comme une chance pour l’humanité à condition de ne pas s’enfermer dans des logiques dogmatiques.

Mais ceci n’est possible que si la qualité de conscience et de présence à la Vie nous permet cette progression.

 

La Joie de Vivre au cœur du Bien Vivre constitue l’alternative individuelle et sociétale aux économies du mal-être et de la maltraitance. Ainsi, selon les Nations unies, les dépenses annuelles de drogue et de stupéfiants représentent dix fois les sommes qui permettraient la satisfaction des besoins vitaux de l’humanité et les dépenses d’armement vingt fois ! Ajoutons que la publicité qui participe de cette économie du mal-être en vendant des promesses dans l’ordre de l’ETRE (beauté, bonheur…) pour mieux alimenter la course à l’AVOIR est évaluée elle aussi a plus de dix fois les sommes requises pour éradiquer la faim, permettre l’accès à l’eau potable ou  aux soins de base.

 

Ainsi il est impératif d’œuvrer dans le sens de notre propre transformation en nous posant laquestion : comment commençons nous nous-mêmes à vivre ces jours heureux dont nous proclamons la nécessité ? Comment construisons nous un écosystème permettant l’accès de ses membres aux biens et services fondamentaux en mutualisant aussi bien les nouveaux outils que sont les nouveaux indicateurs de richesse, les nouvelles formes d’échange (monnaies citoyennes, SEL, accorderies, réseaux d’échange réciproques de savoirs etc), les leviers de l’épargne solidaire et de la banque éthique, les formes de mutation du travail et de l’emploi (ex territoires zero chomeurs).

 

Comment construisons nous des formes de coopératives politiques qui rompent avec les formes de la politique compétitive et égotique qui a conduit les courants de gauche et d’écologie à l’échec encore récemment ? Comment nous approprions nous les nouvelles approches éducatives de mouvements comme le Printemps de l’éducation ? comment expérimentons nous des formes de spiritualité laïque permettant que les questions du sens soient présentes dans nos échanges mais sous des formes alternatives aux fondamentalismes religieux ? Comment nous intéressons nous aux nouvelles formes de l’art d’aimer, aux nouveaux rapports entre hommes et femmes, entre adultes et enfants, en nous souvenant que des anticipateurs comme Charles Fourier, Rosa Luxembourd ou Marcel Mauss considéraient qu’il n’y  a a pas de transformation sociale possible sans mobilisation de l’énergie amoureuse ?

 

Il nous faut donc aussi ouvrir ce débat,  recenser les expérimentations qui peuvent alimenter cette capacité à  vivre individuellement et collectivement en conjuguant le sens et la joie à repérer toutes les innovations et expérimentations du bien Vivre, du bien communiquer, du bien décider ensemble, en se basant sur les valeurs de bienveillance, au sein de l’écosystème global que constituent les acteurs qui œuvrent pour ” la Grande Transition”. Par exemple comment pouvons nous résister à ces nouvelles «cadences infernales » que produisent les sociétés de flux tendus et nous organisons nous de manière à coopérer pour ralentir grâce à notre convergence “arc en ciel” où nous avons la possibilité d’arrêter de vouloir faire tout tout le temps puisque pratiquement chaque mois , un projet, un événement de notre grande famille potentielle du bien vivre est organisé en jouant de la biodiversité de nos couleurs et en réservant les temps de co-construction communs à des projets ou des événements à co-consruire ensemble tels par exemple les Journées de la Transition ? Et le fait qu’une université ou une campagne d’Attac ait une couleur différente de celles des colibris ou de l’appel des solidarités initiée par la fondation Nicolas Hulot et Emmaus, ou le mois de l’économie sociale et solidaire  est alors une chance et non une limite tout comme la possibilité de construire une reliance entre des monnaies locales et citoyennes comme le propose le mouvement Sol. Simplement il est important comme l’avait proposé l’initiative “osons demain” de rendre alors visible cette grande famille par des signes symboliques (logos, labels, outils communs de communication etc) afin de la rendre visible et que par exemple les deux millions de personnes qui se reconnaissent dans des films comme Demain ou Qu’attendons nous ? puissent se dire : oui, nous avons la possibilité de vivre dans la durée ce qui nous a fait vibrer le temps d’une séance !

 

Une cellule Nanoub !

 

Dans cette perspective nous proposons qu’une cellule de recherche action dont le code est NANOUB (pour “nous allons nous faire du bien !”) pourrait être créée au sein de notre collectif.

 

Appel aux consciences


RÉSEAUX DE CITOYENNES ET CITOYENS PLANÉTAIRES
À l’occasion du 70 ​ ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme…



Nous, citoyennes et citoyens des peuples de la Terre, sommes conscients du danger mortel qui pèse sur le devenir de notre commune humanité. En effet, un double dérèglement climatique menace la vie sur notre planète. Le premier s’exprime sur le plan écologique par le risque de voir notre Terre-Patrie (cf Edgar Morin), notre “Terre Mère” selon l’expression de peuples premiers, devenir une “terre-serre” inhabitable pour un nombre croissant d’êtres humains. Si l’augmentation de la température dépasse le seuil de 2 °C, les effets en chaîne seront
cataclysmiques. Ce réchauffement moyen conduit à l’accentuation de phénomènes extrêmes : inondations autant que sécheresses, incendies ravageurs autant que cyclones et tempêtes. Mais le dérèglement climatique a une autre face : la glaciation émotionnelle et relationnelle qui s’exprime par le creusement des inégalités et le mépris des plus pauvres. Plus gravement encore, sous l’effet de la peur du déclassement, elle se traduit par la lutte des victimes entre elles : ouvriers, précaires, sans abri, migrants… Celui qui se sent menacé dans le peu qu’il a acquis ou le peu qu’il lui reste, craint de voir plus misérable que lui prendre sa place.

Par son avidité, son cynisme et ses inégalités, le fondamentalisme marchand a enfanté un double monstrueux : le fondamentalisme identitaire, qui peut prendre des formes religieuses, xénophobes ou nationalistes, et s’exprimer autant par les armes que dans les urnes. L’arrivée au pouvoir d’individus qui représentent une menace, non seulement pour la démocratie et les droits humains (à commencer par ceux des femmes) mais aussi pour les équilibres écologiques, en constitue une manifestation de plus en plus dangereuse. Aux Philippines, en Hongrie, aux États-Unis, en Italie, au Brésil… des forces aussi criminelles socialement qu’irresponsables écologiquement menacent l’humanité dans ce qu’elle a de plus essentiel : Vivre en paix sur une planète habitable.   À cause de l’instrumentation des peurs et de la manipulation de l’information et des campagnes électorales, des irresponsables et des criminels peuvent aujourd’hui, comme dans les années 1930, arriver au pouvoir en s’abritant derrière des formes apparemment légales, en profitant du cynisme des uns et de la peur ou de la lâcheté des autres. ​ 

  Face à ce double risque et à la bataille mondiale qui s’annonce, nous refusons de céder à la peur et de tolérer passivement la propagation de ce danger mortel. Nous allons organiser partout une Résistance créatrice, fondée sur le refus de la régression sociale, de
l’irresponsabilité écologique et de la mise en cause des droits humains fondamentaux. ​ 

  Nous déclarerons illégitime tout pouvoir qui ne respecte pas les trois piliers essentiels du vivre ensemble de l’humanité sur une planète sauvegardée : la Déclaration universelle des droits de l’homme, les pactes sociaux des Nations Unies et les conventions internationales visant à assurer la soutenabilité écologique de notre planète, en particulier l’accord de Paris sur la lutte contre le dérèglement climatique. Nous refuserons, par tous les moyens non violents en notre possession, y compris le boycott ou la désobéissance civile à l’égard de pouvoirs illégitimes, de nous laisser dominer ou intimider par ces pouvoirs. Nous créerons, partout où nous le pourrons, des territoires-refuges pour les victimes de ces pouvoirs et des oasis de vie face aux déserts de mort que fabriquent de concert la régression sociale, l’irresponsabilité écologique et l’atteinte aux Droits humains. Nous nous organiserons pour construire cette Résistance créatrice, mais aussi pour faire vivre positivement, entre toutes celles et tous ceux qui en auront fait le choix, les valeurs économiques, écologiques, sociales, politiques et culturelles d’une société du Bien Vivre. Nous travaillerons à relier entre eux tous ces territoires et tous ces oasis de vie, depuis les quartiers de nos villes et les villages de nos campagnes jusqu’ à l’ensemble de notre Terre-Patrie.

Nous lancons solennellement cet Appel aux consciences à l’occasion du 70 ​ ème ​ anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.


* ​​Réseau Global DIalogues en humanité * Assemblée des Citoyens du monde

* Archipel citoyen des Jours heureux * ​RÏSE – Réseau international pour l’innovation sociale et écologique * Agora des Habitants de la Terre * Global Social Justice, Brusseles * (déclaration ouverte à d’autres adhésions)

Le dessin représente Elyx, symbole d’un citoyen d’un monde de paix choisi par les Nations Unies pour illustrer le 70 ​ ème ​ ​anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Contacts : Patrick Viveret – pviveret@icloud.com (fr) Geneviève Ancel – gancel@granlyon.com (fr, en) Marcos Arruda – marcospsarruda@gmail.com (pt, en, es, fr)

 

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