Quelques mots sur le coronavirus, la Chloroquine et les désastres à venir

Aurélien Barrau est un astrophysicien français spécialisé en relativité générale, physique des trous noirs et cosmologie. Il travaille au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie de Grenoble. Il est également professeur à l’université Grenoble-Alpes.
Il fait souvent des billets d’humeur, qui irritent certains par un côté “donneur de leçon”, personnellement, je le trouve clair et pertinent, et déterminé aussi, et cela me ravit…

Attention, ça pique !

 

Crimes d’état, pandémie, restrictions des libertés, starification, mise au pilori, le yoyo de l’opinion immédiate bat son plein ces derniers jours, et il y a fort à parier que nous n’en n’ayons pas encore atteint le pic.

Il y a dans le propos d’Aurélien Barreau, le tranchant de la justesse de ton, la droiture de la réalité scientifique, si tant est qu’elle existe.



On ne résoudra pas un problème systémique si on n’applique pas de solution systémique.

Il est temps d’être un peu sérieux.
Le sérieux n’est pas du côté de ceux qui tentent à tout prix de sauver le monde “tel qu’il est”.
Le monde “tel qu’il est” va péricliter,

– que ce soit pour des raisons climatiques, car on sait que, sur la trajectoire actuelle, à la fin du siècle, 76% de la population mondiale sera soumise à des canicules mortelles,

– pour des raisons biologiques, parce que nous avons coupé le contact avec le vivant qui nous était pourtant indispensable,

– ou pour des raisons économiques, parce que nous avons vraisemblablement passé le pic « oil », et que, sans pétrole, nous sommes très-très mal.

C’est une bonne nouvelle pour l’écologie, mais ça arrive beaucoup trop tard, et en plus, au niveau social, si la décroissance de l’utilisation des ressources matérielles n’est pas un “désir”, mais si c’est imposé brutalement par un manque, alors ça donnera lieu à des tensions absolument terribles du point de vue des rapports humains, des rapports sociaux, et des conflits entre états, c’est absolument incontestable.

Nous avons fait une erreur scientifique, éthique et esthétique, en pensant que la nature était une simple ressource.
… Il nous faut sortir du colonialisme actuel qui ne concerne pas que les espèces animales, il nous faut “penser” ce qu'”anticipation” veut dire, et comprendre aussi qu’une crise peut exister même quand elle ne nous touche pas directement.

Il y a un nombre incalculable de crises, à l’échelle planétaire, qui passent en bruit de fond, et on n’a pas besoin d’attendre le Covid 19 pour savoir qu’un enfant meurt de faim toute les 5 secondes. Ce sont des choses absolument monstrueuses qui sont déjà là.



Et du point de vue écologique, c’est pareil, certains disent

“Attention attention, on va dans le mur !”

Mais on y est déjà, dans le mur, on a déjà perdu 60 % des espèces d’animaux sauvages en 40 ans, on déjà perdu les 2/3 de la biomasse dans la branche du vivant qui comporte le plus d’individus et d’espèces on a déjà perdu 60% des forêts depuis l’ère pré agricole, donc nous sommes déjà dans la catastrophe, ce n’est plus à ce stade un problème d’anticipation, c’est un constat.

Espérons qu’on devienne un peu sérieux et qu’on s’occupe des problèmes de gestion.

On ne cherche plus à faire, mais à satisfaire à des indicateurs arbitraires que nous avons inventés. C’est absolument consternant et c’est une gangrène. C’est là un des principaux faits responsables du grand nombre de tourments que nous traversons.

Je vous invite à y réfléchir et à faire preuve de sagacité intellectuelle face à cette culture littéralement “gestionnaire”, qui fait que ce qui compte aujourd’hui n’est pas de réussir une découverte, de réussir une guérison, ce n’est pas de réussir un progrès, quelque chose qui a du sens en tant que tel, ce qui compte, c’est de donner l’illusion de faire, de cocher la bonne case dans le tableau xcel qui sera rempli par le manager, à tous les niveaux, jusqu’à la présidence en quelque sorte, et nous sommes arrivés à un niveau d’aberration qui ôte le sens même de ce vers quoi nous pouvons désirer aller, et de ce pourquoi nous agissons.

Le problème, c’est le prisme unique plaqué sur le réel, c’est de croire qu’on peut tout déchiffrer du réel avec une grille de lecture simple, ça ne marche jamais, c’est une offense au réel, à la cause que vous tentez de servir, quand on réduit la complexité à cette atrophie.

Le but ce n’est pas simplement de ne pas se faire prendre, on a l’impression que le jeu dans lequel nous nous trouvons se résume à passer au travers des mailles du filet.



D’un point de vue rationnel, il est tout à fait lucide et légitime de suivre, sur le plan politique et économique, ce qui nous a menés jusqu’à l’état du monde dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui.

Donc le but n’est pas simplement de prendre quelqu’un sur le fait d’un lapsus ou d’un mot comme ça qui a fusé dans une conférence de presse, alors qu’on sait très bien que personne n’est dupe, ce n’est pas sérieux, ça.

Je crois qu’il faut maintenant travailler la véridicité de la crise, faire preuve d’honnêteté, mais aussi peut-être de radicalité, parce que le “radical” est souvent employé dans le contexte actuel de façon péjorative, alors que c’est au contraire l’acuité de la compréhension du processus, et on ne peut pas considérer qu’un certain nombre d’actions de dénonciation de l’état catastrophique du réel, fut-elle un peu musclée, relève d’une insupportable violence, pendant que le système actuel, qui est en train, littéralement, d’annihiler la vie sur terre, (puisque nous sommes dans la sixième extinction massive, avec ou sans le Covid 19), lui, en revanche, relèverait en quelque sorte de l’état naturel du monde.

Ce n’est pas vrai, il faut repenser les contingences, travailler les hiérarchies de la liberté, les hiérarchies de la violence, de la radicalité.



Il s’agit juste d’être sérieux pour un Commun acceptable, vivable, et sensé. “

 

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